Fanny a disparu

Publié le par Dialectikon

Fanny a disparu

 

Par cette belle soirée ensoleillée de Printemps, je me faisais une joie : je n’étais pas venu dans la cité Phocéenne, comme ils disent, depuis longtemps et je n’allais pas repartir sans présenter mes respects au Vieux Port.

C’est la rançon de mon beau métier : Marseille cette semaine, Lyon la suivante, puis Aix, Saint Marcel lès Valence et doivent suivre Strasbourg, Grenoble et ainsi de suite…

La journée fut studieuse avec mes stagiaires, dynamiques, intéressés et positifs, pour le moment du moins, ils découvrent. Droit du travail temporaire, le délai de carence et les visites médicales introuvables, l’activité bridée et entravée, l’insécurité juridique… La discrimination à l’embauche : eh ! Oui, la discrimination positive est une discrimination négative.

Alors, sur ces dix-huit heures de ce 23  mars 2011, j’ai hâte d’admirer le vieux port, les mouettes, les bateaux au soleil déclinant.

De la gare Saint Charles, près de laquelle se situe mon hôtel, je rejoins d’un bon pas au plus direct la Canebière, les Champs Elysées de Marseille. Je voyais ça plus gai. Enfin, marchons.

 

Il y a de l’animation, des groupes d’hommes discutent, par trois, quatre, dix. Le soleil dans les yeux, je descends vers la mer, jetant mes regards à droite à gauche et je me dis déjà : c’est curieux, je suis en manque de quelque choses, je ne sais pas, de couleurs peut-être ?

 

Pas grand monde, au Vieux Port, je veux dire sur les quais : plus de clochards avec leurs chiens que de touristes, encore des groupes d’hommes, tiens quelques femmes et des embouteillages tout autour.

Mon sentiment de manque augmente, je ne sais pas, je souris au souvenir du « Ferry-boate », pense à une partie de boules qui n’y est pas… Non, ce n’est pas cela.

Prenant à droite, je longe le port et m’arrête un instant : là haut Notre Dame de la Garde brille, et devant moi une forêt de mâts et de coques blanches. En insistant sur mon observation, je vois bien tous ces bateaux mais il n’ya pas de vie. Personne à bord, sur aucun, et pas d’entrées ni en sorties. Même à Caen, au début du mois de février, et quelques dizaines au plus de bateaux de plaisance, et l’on est beaucoup plus loin de la mer, il y avait plus de mouvements.

 

Vieux Port, peut-être mais nouveau parking à bateaux, sûrement.

Une déception ne fait pas un vide.

Le malaise va grandissant, toujours des groupes d’hommes, les plus âgés affalés sur les bancs, quelques femmes, bien couvertes, pas beaucoup de foulards, néanmoins. J’en aperçois une, les cheveux longs ondulés, peut-être blonds, la quarantaine, une espèce de robe courte froufroutante, bien verte et assez grande pour dépasser de deux têtes son compagnon.

J’observe à la dérobée et je me dis : « elle n’a pas du commencé sa carrière de femme dès le début, ou alors elle a pris un raccourcis. »

 

Pas de marins non plus : les garçons de Marseille ne rêvent plus aux îles sous le vent.

Insatisfait, je remonte le début de la Canebière puis oblique sur le Cours Belzunce et alors, l’évidence me saute aux yeux, stupéfait. Je n’en ai pas vu beaucoup, quelques fillettes et des mères mais là il n’y en a plus du tout, il n’y a plus de femmes.

Aux terrasses des cafés que des hommes, je jette un regard circulaire, des hommes, des vendeurs à la sauvette, oranges ou bimbeloteries, mais pas une femme, pas une jeune femme. Je regrette Paris, Rouen, Louviers… Je presse le pas, rue d’Aix jusqu’à l’Arc de triomphe, là un groupe de trois mères avec des enfants et je remonte vers la gare.

Arrivé là, je souffle, quelques jeunes femmes, seules, enfin. Elles ont des valises.

 

Une quinzaine de braillards s’esbaudissent sur le parvis : deux packs rouge et or de 24 bouteilles de bière posés sur le muret. L’un est éventré, vide aux trois-quarts. L’autre attend son heure.

 

Le soleil est parti se coucher, je rejoins ma chambre.

Ô Panisse, ô Escartefigue, ô César !

Où sont vos femmes ?

Où sont vos filles ?

Ô Marius ! Marseille est désolante.

Fanny a disparu.

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