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Dimanche 17 février 2013 7 17 /02 /Fév /2013 10:33

On épingle à juste titre les coûts DIRECTS du travail. Certains ont beau jeu de montrer que la différence est réelle mais surmontable par rapport à nos voisins.

 

Mais on s'abstient de faire le compte des coûts INDIRECTS du travail... Il serait indispensable de  les évaluer avec précision :

 

- Coûts induits par l'absence de concurrence dans le choix des assureurs sociaux,

- Coûts des taxes liées au travail hors prélèvements sociaux : cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (une des deux taxes créées pour remplacer la taxe professionnelle)

- Coûts des Instances représentatives du personnel, avec les désastreux effets de seuil,

- Coûts des normes et réglementations encadrant les activités, rendant difficile le travail à domicile par exemple,

- Coûts de heures de délégations des syndicalistes,

- Coûts induits par les multiplications des contrôles par l'inspection du travail, les CARSAT, les Urssaf (un contrôleur peut exiger un bureau et rester plusieurs mois pour faire ses contrôles...)

- Coûts de l'insécurité juridique par les modifications incessantes des lois, décrets, circulaires...

- Coûts induits par le temps passé en déclarations administratives : de la DPAE à la DADS en passant par les calculs ubuesques concernant l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés,

- Coûts nécessités par le recours aux conseils juridiques, avocats, experts-comptables pour se retrouver, sans garanties, dans le maquis législatifs et procéduriers,

- Coûts des grèves des salariés protégés : SNCF, RATP, Fonctionnaires...

- Coûts des recours systématiques aux prud'hommes à la moindre occasion, et de la lenteur de la justice si l'employeur veut faire valoir son bon droit en cour de cassation...

etc.

 

Cette liste est loin d'être exhaustive !

 

On ajoutera pour faire bonne mesure le coût pour la société des subventions aux syndicats patronaux et salariés... Sans compter la ponction pour leurs faux-frais par ces mêmes syndicats sur les budgets de la taxe formation...

 

Le surcoût du travail en France, ce sont biens les coûts DIRECTS et INDIRECTS.

 

Responsabilité du gouvernement actuel ?

Oui mais aussi de tous les gouvernements depuis au moins 60 ans...

 

http://www.lepoint.fr/economie/la-france-epinglee-par-l-ocde-15-02-2013-1628030_28.php

Par Dialectikon - Publié dans : La Démocratie en question
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Jeudi 17 janvier 2013 4 17 /01 /Jan /2013 17:58

Promouvoir le libéralisme ou combattre le socialisme ? Prospective stratégique pour une action directe.

Le 15 novembre 2012, à l’Assemblée nationale s’est tenue une belle réunion de travail sur le thème « Promouvoir le libéralisme ». Elle était organisée conjointement par l’institut Turgot[1], Ulrich Génisson, promoteur avec Stéphane Geyres du livre collectif « Libres ! » [2] et Daniel Tourre, auteur de « Pulp Libéralisme »[3].


Présent dans la salle, Alain Madelin a évoqué l’extraordinaire opportunité de la situation politique pour les défenseurs de la liberté : « Nous sommes en 1776 !» s’est-il exclamé avec enthousiasme.

 

Nous avons effectivement connu une période faste pour le libéralisme dans les années 80 suite à l’élection de François Mitterrand et en contrepoint celles de Margaret Thatcher et Ronald Reagan : publication de nombreux livres, mouvements de libéralisation économique dans le monde, l’aventure « Idées – Action » chez nous.
Et puis après ? La satisfaction intellectuelle s’est révélée de bien courte durée. Le système s’est renforcé au contraire, la part des dépenses publiques en regard du PIB s’est considérablement accrue, la dette a explosé et les entraves de l’économie par l’intervention de l’État se sont multipliées.

 

Après la gestion socialiste de la crise par les présidents successifs Chirac et Sarkozy, tous les pouvoirs sont désormais entre les mains d’un parti socialiste sans imagination nourri aux idéaux du manifeste du parti communiste de 1847.

 

Surfant sur cette embellie des années 1980, voulant sans doute en profiter, même le Front National présentait un programme économique libéral ! Las, le positionnement économique de la fille de Le Pen est aujourd’hui soviétoïde et elle ne perd pas une occasion pour fustiger l’ultralibéralisme, expression débile s’il en est, et à jouer à un puéril « plus anti-libéral que moi tu meurs. »

 

La France est revenue au niveau zéro de la pensée libérale. De la « connaissance inutile » que Jean-François Revel a identifiée dans un de ses ouvrages [4], nous sommes plus proches de l’obscurantisme : tous les rapports et les analyses qui ne sont pas conformes sont irrémédiablement rejetés, tous les acteurs et partis politiques institutionnels excluent avec vigueur toute référence au libéralisme, accusé d’être à l’origine de tous les aspects de la crise.

 

La référence aux « nationalisations », qui devraient être nommées plus justement « collectivisations », et que l’on croyait enfouie aux périodes les plus sombres de notre histoire économique, resurgit avec vigueur, portée autant par l’extrême gauche que par des gaullistes et des nationalistes.
La situation économique s’est encore dégradée, les perspectives sont sombres, gouvernants et citoyens n’ont rien appris et les solutions proposées par les partis dits « de gouvernement » puisent dans un interventionnisme toujours renouvelé. Dans la presse, le couple Les Echos/Radio-Classique que l’on pourrait croire le plus ouvert à la connaissance économique et au débat tient un discours presque exclusivement keynésien ou nettement socialiste. Le « cercle des économistes » est présidé par Jean-Hervé Lorenzi, soutien de François Hollande et le cercle des Echos donne la part belle aux américains démocrates et socialistes du Project syndicate, dont Joseph Stiglitz est le chef de fil.

 

Face à cette situation, beaucoup de libéraux se sentent découragés : appels à une grève Randienne, rêves de quitter le territoire pour échapper au massacre, ou tout simplement retraits du combat se succèdent.

 

Tous n’abandonnent pas, les réunions se succèdent pour appeler à un « nouveau logiciel pour la France »[5], pour diffuser les idées et promouvoir le libéralisme. On s’interroge sur la façon de s’y prendre pour faire évoluer la situation, diffuser non pas seulement les idées libérales, mais la plus élémentaire connaissance économique. Malgré l’énergie dépensée avec la multiplicité des groupes, des associations libérales, des Think-Tanks, et les multiples tentatives par la voie partisane, on ne perçoit guère de progrès. De nombreux ouvrages de qualité sont publiés, pour l’essentiel dans l’ignorance du grand public, les journalistes exerçant un efficace barrage de « containement. »

 

Chacun a l’impression de taper comme le prisonnier contre un mur sourd et aveugle, le temps nous donne raison, et immédiatement le système réagit en se renforçant. Plus l’intervention de l’Etat augmente, plus le pays s’enfonce, plus les forces du marché, l’égoïsme des possédants, les dérégulations sont accusés.

 

Nous nous retrouvons régulièrement dans des colloques, des universités d’été ou d’automne : le niveau de connaissance augmente, la réflexion s’affine, et nous passons plus de temps à débattre des différences entre libéraux classiques, conservateurs ou libertariens qu’à lutter contre le socialisme

 

Je voudrais dans ces quelques lignes d’une part cerner et qualifier la situation et proposer d’autre part un axe méthodologique pour enfin faire progresser la cause de la liberté individuelle.

 

Notre principale faiblesse sur le plan politique c’est que nous ne cherchons pas à conquérir le pouvoir. Le libéral ne veut pas faire le bonheur des gens, il veut créer les conditions pour que chacun puisse décider de son propre bonheur.

 

Hermétiques à la démagogie, nous leur disons de se prendre en main, et de rien attendre de la société, ni du ciel. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que ce n’est pas sexy.
La stratégie que nous proposons n’a pas pour vocation de remplacer ces initiatives mais d’arriver en complément.

 

A-      La France sous un sarcophage idéologique

Outre les rets législatifs qui nous tiennent de toute part, nous vivons sous un sarcophage idéologique qui nous entrave et nous enserre. Ce n’est plus le mur de Berlin, c’est le sarcophage de Berlin, à l’image de celui qui est censé contenir les radiations de Tchernobyl. Le fait qu’il ne soit pas physique ne le rend pas moins redoutable. 
 

 

Ce bloc monolithique est entretenu par les politiques, les médias, les corps intermédiaires (syndicats salariés et patronaux) et les institutions dont la justice et l’école. Le socialisme imprègne la société, contrôle et interdit toute déviance, toute dissidence. Pas, (pas encore ?) de système carcéral adapté mais la pression sociale ne connait pas de limites et les voix discordantes sont rapidement exclues de l’audiovisuel, public et privé confondus.

 

D’année en année, de ministre en ministre, les manquements au code du travail, à la fois toujours plus complexe et invasif, par exemple sont criminalisés pour les chefs d’entreprise.

 

Plus que les procès et les éventuelles condamnations dans le cadre juridique, le « contrevenant » connait l’opprobre et l’ostracisme immédiats par des formules percutantes qui permettent de rejeter toute pensée non conforme : patrons-voyous, ultra libéral, néo-libéral, raciste, fasciste, et la litanie des mots affublés des suffixes en –phobes. Bien trouvé, puisque cela fait référence à une maladie, à une peur irrationnelle. Le « -phobe » n’exprime jamais une opinion, il doit se faire soigner et son cas relève de la psychiatrie. La mécanique dialectique est bien réglée : création d’un mot valise péjoratif, explication de texte, puis attribution à la cible. Il colle alors à la personne qui se débat comme un beau diable pour se justifier, se débarrasser de cette marque d’infamie.

 

Pendant ce temps on ne pense plus. On ne débat plus.

 

Critiquer le travail d’un journaliste, remettre en cause leur statut ou interpeller la profession sur les privilèges fiscaux ou sociaux dont ils e.bénéficient relèvent du crime de lèse-majesté : la stigmatisation fait office de pilori ou de lettre de cachet, jusqu’à l’ostracisme parfois.

 

Peu importe alors la pertinence du mot qui perd jusqu’à son origine et sa signification profonde.
Fasciste en est l’exemple le plus frappant : si bien que lorsqu’il retrouve sa vraie place, la dilution lui fait perdre toute force.

 

Exposons trois illustrations de l’efficacité de ce sarcophage idéologique, sachant que le lecteur pourra les multiplier de par sa propre expérience.

 

1/ La tentative de création d’un syndicat libre

 

L’Association pour l’Etude et la Création d’un Syndicat Professionnel Libre a été lancée sous l’impulsion de Thierry Jallas. La loi scélérate de 2010 contraint les TPE à subir l’intrusion de l’extérieur de syndicalistes patentés. Une structure syndicale créée suffisamment à l’avance, LibRes, permettait de se présenter à ces premières élections. La demande a été actée car recevable par l’administration. C’était sans compter sur le pouvoir de nuisance des syndicats marxistes, CGT mais aussi CFDT[6], qui ont immédiatement bloqué l’initiative. Le manque de moyen face aux puissantes structures subventionnées ne permettait pas de se pourvoir en cassation. Si on avait oublié la fable du pot de terre contre le pot de fer, la voilà qui resurgit vigoureusement. « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blanc ou noir » disait encore La Fontaine dans « Les animaux malades de la peste. »
La résistance par un discours conformiste, normal, est constante : les rouages sont efficaces pour faire taire : mettre en question des positions figées, des acquis sociaux suffit à déclencher des anathèmes. « Provocation ! » rugissent les gardiens du temple. Ce qui justifie une « riposte adaptée ». Voir les timides propositions du Medef pour assouplir le droit du travail dans la négociation en cours et les résultats désastreux.

 

Le système est organisé pour rejeter sans appel le corps étranger.

 

2/ Agressions permanentes contre les entreprises et les entrepreneurs

 

L’entreprise, et au premier titre l’entrepreneur, est non seulement enserrée juridiquement par des réglementations et des normes contraignantes, mais elle affronte des troupes de militants payés, financés par les entreprises et les contribuables pour détruire les initiatives et la création de richesse : les inspecteurs et les contrôleurs du travail, les contrôleurs des Urssaf ou les syndicalistes.

 

Les uns et les autres ont obtenu à travers le temps des privilèges exorbitants en termes de statut et de pouvoir, de protection de l’emploi et des revenus. Ces catégories, notamment les fonctionnaires mais aussi les salariés de l’assurance maladie n’ont pas de hiérarchie, n’ont donc d’ordre à recevoir de personne et peuvent confondre leurs engagements idéologiques et leurs fonctions instituées par l’Etat. Le poids des textes enchevêtrés, les changements incessant de règles, le caractère ubuesque des diverses déclarations[7] et la pénalisation du moindre manquement à un droit du travail souvent inapplicable précarisent la situation des chefs d’entreprise et renforcent le caractère fictif de la règle selon laquelle « nul n’est censé ignorer la loi ». La même idéologie imprègne le pouvoir judiciaire. Par exemple, la jurisprudence, « constante », a institué en matière d’accident du travail une obligation de résultat : quoi qu’un chef d’entreprise ou ses préposés ait mis en place pour les éviter, la survenance de l’accident ou de la maladie professionnelle révèle un manquement, et donc le risque de la caractérisation d’une « faute inexcusable. »

 

3/ Le formatage des enfants par l’Education Nationale

 

L’école, enfin : cela passe chez les libéraux pour une évidence mais c’est pire que ce que l’on peut imaginer.

 

Nicolas Lecaussin et Lucas Léger ont publié dans le cadre de l’IREF une étude incontournable sur les manuels d’économie [8] : une mise au point salutaire mais le formatage des esprits commencent bien avant et est constant pour toute la période scolaire.

Ayant consulté récemment le manuel d’histoire-géographie de 5ème de chez Belin et noté qu’il relève plus du tract militant que de l’ouvrage de référence, stupéfait de son indigence et de sa partialité, j’ai consulté les programmes de cinquième pour en vérifier la teneur :
 

 

Programme d'éducation civique de cinquième - 2012-2013

Des êtres humains, une seule humanité

L'égalité, une valeur en construction

La sécurité et les risques majeurs

Au choix: une action solidaire

 

Programme de géographie de cinquième - 2012-2013

La question du développement durable

Des sociétés inégalement développées

Des hommes et des ressources

Une question au choix

 

On ne connait donc que la géographie « humaine » et uniquement du point de vue marxiste et socialiste : qu’est devenue l’étude de la terre ? Reléguée sur un seul thème en SVT.
Bien entendu, seule la vision du Giec est présentée quant au Réchauffement Climatique (forcément) Anthropique d’une validité scientifique du même ordre que le créationnisme. Ces changements supposés sont stigmatisés sans étudier auparavant les climats. Etudier les formations géologiques, hercyniens, jurassiques, les climats « polaire continental », atlantique, ça prend la tête et ne permet pas de s’indigner, de stigmatiser des adversaires, « américains premiers pollueurs », et de former des militants.

 

Dès lors, quelle importance pour une politicienne démagogue que le Japon soit dans l’hémisphère sud ou nord ?

 

On en viendrait à conseiller à nos enfants de ne pas apprendre leurs leçons.

 

Face à un tel bloc, quel combat possible ?

 

B-       La vanité d’une réponse globale

 

Si on l’attaque globalement, le sarcophage, le blockhaus intellectuel dans lequel nous sommes enfermés,  va résister globalement : il se renforce même sous les attaques, par esprit de corps, par habitude. Les défenseurs du sarcophage-blockhaus, journalistes, politiques, institutions scolaires ou juridiques, se sentant en danger mobilisent rapidement leur troupes. Brandir son drapeau libéral déclenche irrémédiablement des réactions de défense fortes. Terrorisés à l’idée de s’afficher ainsi les quelques politiques qui s’y sont risqués ont battu en retraite. La collusion avec la pensée socialiste des partis dits « de droite » ou du centre est telle que le rejet est immédiat. Dans le meilleur des cas, certains sont tolérés comme de doux rêveurs que l’on rappelle à l’ordre du pragmatisme.[9]  Séduire ou se faire accepter par la classe médiatico-politique est plus important que de vraiment s’attaquer au socialisme. Au point, nous l’avons vu, que le Front national défend désormais un programme digne de la « Révolution nationale », le discours antisémite en moins. La normalisation, la dédiabolisation en marche, et le parti débarrassé de toute trace de libéralisme, une bonne partie des élus de l’UMP peut enfin se rapprocher et imaginer des alliances électorales.

 

Si la réponse globale est aussi problématique, comment casser le bloc monolithique (médias, politiques, éducation) que nous avons en face de nous, au moins comment le fissurer ?

 

Comment faire pour profiter de l’embellie tant espérée par les intellectuels libéraux mais surtout que le soufflé ne retombe pas rapidement après ? Comment capitaliser sur cette mobilisation ?
Beaucoup d’entre nous souhaitent que la crise éclate et espèrent que le choc économique et politique soit tel que le système s’effondre. Mais il n’est pas sûr que ce soit la société ouverte qui soit appelée au secours. Le seul espoir c’est que chacun soit contraint au système D et prenne conscience du caractère superflu de l’Etat organisateur.[10]

 

C-       Une guérilla incessante sur des thèmes précis

 

Puisque le sarcophage de Berlin est auto immune, que l’attaquer globalement le renforce, seule une attaque ciblée peut le fissurer.
Il faut tenter de passer outre le sarcophage en s’adressant directement aux citoyens sur des thèmes ciblés qui toucheront chacun d’entre eux : le public est sourd face à une proposition affichée de libéralisme, les socialistes ayant gagné cette bataille dialectique, le mot fait peur. Mais il n’est pas indifférent lorsqu’on développe des thèmes particuliers qui le touchent directement ou qui l’interpellent.

 

Prenez quelqu’un qui est hostile, ce n’est pas difficile à trouver, au libéralisme. Lancez-le perfidement sur un thème sur les libertés de choix : vous terminerez invariablement par « finalement tu es très libéral ! ». En général il commence par avaler de travers. Au-delà de ses protestations, on peut commencer à parler sérieusement.

 

1/ La méthode

 

Un ami ayant bien pratiqué la boxe dans sa jeunesse m’a expliqué la chose suivante.
Dans un combat il faut réussir à blesser, même légèrement son adversaire. « Tu vois son arcade sourcilière tuméfiée, alors tu continue à taper, taper toujours au même endroit. Ça saigne ? C’est bon tu frappes encore. Sans chercher à varier les coups ou les blessures. Toujours au même endroit, jusqu’à ce qu’il tombe. »

 

La méthode consiste à fragiliser le sarcophage en créant des fissures dans l’esprit des gens, en instillant le doute, mais en attaquant de toute part sur des thèmes très ciblés, dérangeant pour le système.

 

L’objectif est d’obtenir l’écoute de français pour lesquels le libéralisme est totalement étranger.

 

Pour chaque thème identifié peuvent se créer des task – forces, des commandos, mobiles, légers et tapant toujours au même endroit.

 

L’attaque itérative se renforcera à mesure, jusqu’à ce que la cible cède. Les premières réactions, les objections alimenteront l’argumentaire.

 

Lorsqu’on s’attaque aux subventions des journaux, par exemple, une des premières objections c’est le spectre de la dictature : immédiatement l’interlocuteur imagine que tous les journaux vont disparaitre, qu’il n’y aura plus de liberté de la presse et encore moins de contre-pouvoir. Et là le commando va pouvoir se régaler en cognant.

 

 « En quoi, la subvention de Télé 7 jours (premier bénéficiaire en montant) protège-t-elle le citoyen de la dictature et assure-t-elle un contre-pouvoir indispensable ? »
On nous répondra sans doute, qu’il faut moduler les subventions en fonction de l’intérêt général ou de la qualité des productions »
« Et qui en décidera ? Ne serait-ce pas de la discrimination de choisir dans un sens ou dans l’autre ? »

 

Et ainsi de suite… Ce harcèlement n’a évidemment rien de nouveau. Son application dans la promotion du libéralisme, beaucoup plus car moins intellectuelle et plus opérationnelle.

 

Promouvoir une guérilla de harcèlement

 

Il faut toucher directement le public, chacune et chacun : par les réseaux sociaux, les mailings, vidéos, lancer des actions virales mais toujours sur un thème unique. En bons dialecticiens, les socialistes réagiront en changeant de sujet. Nous devons alors nous astreindre à repérer l’inflexion dans la discussion et toujours revenir sur le sujet initial.

 

Créer un parti, un mouvement, un syndicat, un think tank, nécessite du temps, de l’argent, des troupes organisées.  Et l’expérience prouve que l’on passe plus de temps à s’organiser et à convaincre ceux qui le sont déjà à étoffer l’équipe qu’à combattre efficacement le socialisme.

 

2/ Le cas des subventions

 

Dénoncer inlassablement la subventionnite en interpellant le gens : vous êtes « de droite », pourquoi financez-vous le journal « l’humanité » ? Vous trouvez les salaires des footballeurs mirobolants, pourquoi financez-vous les clubs ? Vous êtes gêné par les grèves, pourquoi financez-vous la CGT ? Vous êtes communiste, pourquoi financez-vous le MEDEF ? [11]

 

S’attaquer aux subventions, c’est remettre en cause l’ingérence de l’Etat, son inefficacité, c’est mettre en valeur qu’il est source de toute corruption. C’est détruire l’illusion que les pouvoirs publics, (pléonasme ?) peuvent et doivent soutenir des secteurs économiques, artistiques ou même humanitaires. C’est faire douter de la nécessité même de l’Etat.
A travers la mise en cause du siphonage de l’argent public par des parasites, on montre du doigt toutes les structures, tous les groupes de pression qui vivent aux « dépens de ceux qui les écoutent »… Nul besoin dans un premier temps de faire de grandes démonstrations, de faire lire les grands auteurs qui n’atteignent pas l’écoute du plus grand nombre. Cela viendra de surcroît.

 

Sur ce sujet, des initiatives ont déjà été mises en place :

 

-          Contribuables associés avec « l’observatoire des subventions » [12]

-          Collectif Antigone, avec une campagne d’affiches[13]

-          L’UDL, Union francophone Des Libéraux, avec le projet du trophée « Bastiat » pour les organismes non subventionnés.[14]

 

L’idée n’est pas de remplacer ces initiatives, mais de les amplifier, de rendre virale et systématique les attaques contre les organismes subventionnés, de les harceler pour une part mais surtout de s’adresser directement à chacun pour rendre insupportable l’idée même de subvention.

 

La méthode ne passe pas par la création d’une nouvelle structure ad-hoc pour laquelle les militants passeront plus de temps à s’organiser qu’à agir, mais de mettre à disposition des outils, des argumentaires pour que chacun puisse entamer des attaques spontanées, une guérilla constante de remise en cause

 

3/ Pistes pour d’autres cibles

 

La même méthode peut être utilisée efficacement en s’attaquant à d’autres piliers de la société socialisée que nous connaissons. Citons sans ordre de préférence :

 

- la liberté syndicale (l'exemple de Thierry Jallas avec LibRes) : pourquoi n’avez-vous pas le choix de vos représentants ? Pourquoi n’avez-vous pas le droit de créer un syndicat ? Pourquoi un ouvrier imprimeur parisien est-il contraint d’adhérer à la CGT ?

- Monopole de la sécu : pourquoi n’avez-vous pas le choix de votre assureur ?

Mais aussi le salaire complet, la myriade de commissions aussi coûteuses qu’inutiles pour caser des amis politiques, les programmes scolaires…

 

La liste est longue : il faut choisir un thème opérationnel, qui parle directement à l’interlocuteur. Cela peut-être plus intellectuel comme le « sophisme de la vitre brisée » par exemple mais se concentrer uniquement sur lui.

 

Le militant en manque d’action trouvera des idées opérationnelles dans la plupart des 100 thèmes abordés dans « Libres ! »

 

Conclusion

 

Les structures libérales existent, se superposent quand elles ne se marchent pas sur les pieds ou se font une guerre inter-libérale de territoire doctrinal. Pendant ce temps nous ne nous attaquons pas au socialisme.

 

Il n’est pas question pour moi de prétendre qu’il faut relâcher la pression sur la promotion du libéralisme dans son ensemble. Appeler nos concitoyens à lire Bastiat, Hayek, Mises ou Rothbard et découvrir Ayn Rand nous satisfait intellectuellement mais dans le meilleur des cas cela enclenche un processus lent. [15]

 

Peut-être peut-on néanmoins proposer de concentrer cette action sur ce qui sert de pilier au socialisme.

 

Il parait en effet vain de demander par exemple de but en blanc la remise en cause du SMIC, la suppression du statut des fonctionnaires, ce qui relève d’un programme d’un parti politique : c’est incompréhensible pour l’essentiel de la population. Et les outils de défense du sarcophage idéologique se mettent en action immédiatement.

 

Le socialisme repose sur trois piliers ;

 

1/ la valeur travail, et la négation de la valeur d’échange

2/ Le holisme et le rejet de l’individualisme : préexistence de la communauté dont l’individu n’est qu’une partie.

3/ L’inégalité, la différence, source de toute violence et de toute oppression.

 

Tant qu’on ne parvient pas à les déboulonner, toute discussion est impossible, car tout est conséquence de ces trois piliers, ces prémisses.

En fin de cette réunion du 15 janvier 2012 à l’Assemblée Nationale, des jeunes ont demandé quoi faire. Cette contribution se veut un début de réponse.

 

Il nous faut des projets concrets qui peuvent être rassembleurs. Et non des rassemblements qui cherchent après des projets à porter : nous passons plus de temps à nous organiser qu’à agir. Plutôt que passer son temps à recruter pour telle ou telle association, passons à l’action directe.

 

Minons le sarcophage idéologique.[16]



[1] Institut Turgot : http://blog.turgot.org/

[2] « Libres ! », collectif de la main invisible, éditions Roguet, septembre 2012

[3] « Pulp libéralisme, la tradition libérale pour les débutants », Daniel Tourre, Editions Tulys, avril 2012

[4] « La connaissance inutile », Jean François Revel, Grasset 1988.

[6] Oser remettre en cause la « lutte des classes », est une preuve du manque d’indépendance vis-à-vis du patronat.

[7] Pour illustration, les modes de calcul de  la déclaration pour l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés :    https://www.formulaires.modernisation.gouv.fr/gf/cerfa_11391.do

 

[9] Le Parti Libéral Démocrate rejoint l’UDI pour « porter un projet, libéral, humaniste et pragmatique ». Le Figaro, 13 janvier 2013.

[10] Lorsqu’un pays affiche officiellement plus de 25 % de chômeurs, c’est que l’économie souterraine, non officielle a repris le pouvoir.

[11] Beaucoup de gens ne savent pas qu’ils paient des impôts. Ils n’assimilent que l’IR ou l’ISF et ne voient pas la TVA. Ils ne savent pas que pour chaque tranche de 100 € qu’ils versent aux commerçants, il y a 16.38€ de taxe (au taux normal). Tous les ans je fais l’expérience en interpellant mes étudiants sur ce thème.

[12] Observatoire des subventions : http://www.observatoiredessubventions.com/

[15] Il suffit de considérer l’extraordinaire travail de diffusion de textes libéraux rares ou non réédités et de traductions d’ouvrages étrangers réalisé par l’Institut Coppet : http://www.institutcoppet.org/

 

[16] Il va de soi que l’usage d’une action violente le renforcerait.

 

Par Dialectikon - Publié dans : Débat libéral
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Vendredi 31 août 2012 5 31 /08 /Août /2012 13:10

Bonjour,

Libres !, le livre du collectif La Main Invisible, 100 auteurs libéraux pour 100 sujets est disponible.

 

http://lamaininvisible.org/boutique/?doing_wp_cron=1346313915.0845949649810791015625

 

Pour en savoir plus :

 

http://lamaininvisible.org/?doing_wp_cron=1346314427.2776908874511718750000

 

et pour le feuilleter et lire un extrait en avant-première :

http://lamaininvisible.org/1611926583/

 

Bien cordialement

Alain Toullec

Par Dialectikon
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Vendredi 27 juillet 2012 5 27 /07 /Juil /2012 11:50
Figaro-ci, Figaro Là ? 
Figaro NON.
Je n'attends plus grand chose de la presse française, d'autant que nous disposons maintenant d'une source d'information encyclopédique et illimitée avec internet, dès lors que l'on a l'esprit critique, la capacité à recouper les informations, et à rechercher les sources.

J'achetais Le Figaro de temps à autre, je le consultais gratuitement dans l'avion ou dans les hôtels et je l'ai dernièrement reçu en service publicitaire pendant deux mois. 
Le plus souvent, presque tous les jours je l'avoue, je me contentais de parcourir les pages internet...

Le Figaro est pro ou antigouvernemental selon le président mais son niveau intellectuel s'arrête là. On me dit les journalistes "de gauche". Ils sont socialistes. Point final. Encore pourraient-ils faire preuve d'analyse, confronter les informations, analyser les idées et faire des recherches avant d'écrire.
 
Un journaliste du Figaro faisant un reportage sur les Tea-Party découvre stupéfait que les participants lui citent Bastiat, '' un obscur philosophe"... S'est-il précipité en rentrant dans sa chambre d'hôtel pour consulter un moteur de recherche pour découvrir de qui on lui parlait ? Non, il s'est contenté de considérer comme obscur ce qu'il ignorait. 

Un journaliste du Figaro est comme l'ivrogne qui ne cherche pas sa clé là où il l'a perdue, mais sous le lampadaire parce que c'est là qu'il y a de la lumière.
Sur trois grands sujets, la rédaction du Figaro s'obstine à faire preuve d'une grande indigence, outre sa propension à se contenter de paraphraser les communiqués de l'AFP.

1/ L'environnement : la journaliste se contente des communiqués du GIEC sans faire la moindre recherche à l'extérieur. 
Elle est frappée de ce que j’appellerais le syndrome des Dupont-Dupond.
Dans le "crabe aux pinces d'or", Tintin découvre que le chef des trafiquants de drogue était Omar Ben Saalad. Les Dupondt lui demandent directement, il s'offusque bien entendu. Alors ils rapportent à Tintin que ce n'est pas lui puisqu'il l'a certifié.
Lorsque sont sorties les affaires des deux "climategate", que ce sont multiplier les informations et les défections du camp politique réchauffiste  : c'est pas vrai puisque le GIEC l'a dit.
2/ Le Figaro a décidé de soutenir mordicus Obama, dénigrant systématiquement le camp Républicain. 
La nullité de cet article atteint un paroxysme :

http://www.lefigaro.fr/international/2012/07/26/01003-20120726ARTFIG00627-romney-commence-sa-tournee-a-l-etranger-par-une-bourde.php

On ne lui demande pas de soutenir Romney, on lui demande d'être intelligent. 

3/ Quant aux questions sur l'Islam, nous avons affaire sans courage au discours de la pensée unique.

Aussi j'ai décidé de boycotter Le Figaro, qu'il s'agisse de la version papier ou de sa version internet.  
Certes, je ne suis rien, mais je voulais vous faire partager ma lassitude. Peut-être ne serais-je qu'un des premiers ?

Que l'on soit libéral - libertaire, libertarien, libéral classique ou libéral conservateur mais j'ajouterais peut-être aussi socialiste, le journal n'apporte aucune information critique ou équilibrée.

La rédaction du Figaro a fait le choix de la médiocrité, hors il est vrai les pages débats et opinions, mais on les trouve aisément et plus complètement ailleurs.

Hélas, je ne puis retirer ma contribution obligatoire : le journal, subventionné par l'Etat comme toute la presse écrite,  n'a pas intérêt à la critique du système.
Alors, Le Figaro ?
Non.
Par Dialectikon - Publié dans : La Démocratie en question
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Lundi 9 juillet 2012 1 09 /07 /Juil /2012 20:03

 

Pour revenir du Week end de la liberté de Cercle Frédéric Bastiat (Rendez-vous en juillet 2013) qui s'est déroulé à Dax je dois prendre le train pour Paris.

 

Lorsque j'ai acheté mon billet le nombre de places étaient limitées et je me suis retrouvé inscrit sur un idTGV.

Je voyage par le train toutes les semaines mais jusque là je ne connaissais pas.

Première innovation, le billet est contrôlé avant de monter. C'est bien de rajeunir de plusieurs dizaines d'années...

Puis un message d'accueil : Bonjour, je suis votre "superviseur"... Pas chef de train, pas contrôleur, pas animateur, non superviseur. Parce qu'on a besoin de me superviser ? Pourquoi pas un tuteur ?

Et là on m'explique que les ouagons 11 et 15 sont des espaces zen et on félicite les "usagés" de les avoir choisis et que ce sont des zones où l'on est prié d'apprécier le calme.

Mais j'ai rien choisi moi ! Voiture 12, t'as perdu au tirage au sort. Les autres voyageurs n'ont pas le droit d'apprécier le calme !

Et là le coup de grâce, notre superviseur d'annoncer : si vous n'avez pas encore salué vos voisins c'est le moment de le faire !

Mais de quoi je me mêle !

Déjà les rares fois où je vais à la messe je dois serrer, au risque de subir des regards infernaux, la paluche grasse et moite du gros poilu d'à côté et que l'on me dit qu'à la place ça ne se fait pas de rouler la pelle de la fraternité à la voisine de prie-dieu, maintenant je suis sommé de fraterniser avec les quidam et les qui-messieurs que je ne connais ni de la lèvre ni de la dent !

 

Et me voilà pendant plus de quatre heures à subir une famille de voisins cons-viviaux montant à la capitale et s'agitant comme dans une cour de récréation...

 

Et la "superviseur", 1,50x1,50 toute de gris vêtue de passer sans dire bonjour à toute vitesse plusieurs fois et sans s'arrêter...

 

Et dire qu'à l'aller, la seuneuceufeu surbookant sans vergogne, j'ai voyagé 3 heures sur un strapontin et 1h30 debout et que je dois rester un "usagé" content !

Et tout ça au prix de la première !

 

Par Dialectikon
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Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 09:08

 

 

« En premier lieu je supprime les poêles dans vos chambres : je n’ai pas envie de vous retrouver asphyxiés, un beau matin. Je supprime également les oreillers : ils donnent le dos rond. »

Folcoche dans Vipère au poing, Hervé Bazin

 

De l’Etat nounou à l’Etat Folcoche…

 

Introduction

Pour protéger les individus contre eux-mêmes et les préserver des prédateurs, des générations de politiques ont fait évoluer l’Etat providence, forcément omniscient et infaillible,  vers un Etat encore plus invasif et englobant, le fameux « Nanny state » ou Etat Nounou. N’est-ce pas bien confortable et sécurisant de vivre dans la « grande nurserie », pour reprendre la formule de Mathieu Laine ? [1]

Après tout, une nounou, c’est une personne sympathique et débonnaire, pétrie de bonnes intentions, bien nourrie,  juste un peu envahissante, mais qui sent bon les gaufres, le lait chaud  et la confiture ? Qui se souvient de la bonne vieille maman Barberin que retrouve avec bonheur le petit Rémy de « Sans famille » ? [2]

Elle nous nourrit, nous réchauffe et  nous soigne, nous éduque, bienveillante et attentive, elle nous guide dans la vie en nous racontant des histoires, beaucoup de belles histoires afin de faire notre éducation, quitte à nous mentir : mange ta soupe, ça fait grandir, ne louche pas tu vas rester coincé, « t’en vas pas voir les filles, tu finiras aux galères »…

L’Etat Nounou tremble de voir ses enfants partir à l’aventure, devenir des individus libres, et responsables : parce qu’ils pourraient faire des erreurs, se blesser, souffrir, et qu’ils risquent de le regretter plus tard.  « Je me souviens ma mère disait, mais je n’ai pas cru ma mère… Fais pas, fais pas toujours c’qui t’ plait … t’en vas pas voir les filles »[3], il y a des dangers dehors. Il nous prévient contre l’ogre capitaliste qui mange les petits enfants ou le grand méchant loup de la finance qui spolie les économies et coupe la retraite de la mère grand…

Tous les chefs d’Etat, rois, présidents ou dictateurs, et surtout peut-être la plupart des candidats cultivent cette tentation paternaliste de prendre en charge le bon peuple : père de la nation, père de la patrie ou petit père du peuple selon l'époque ou la latitude. Jusqu’à l’inénarrable François Bayrou pendant la campagne présidentielle de 2007 : « Un président de la République est dans une situation de chef de famille à la tête du pays. »

Un président pater familias ! En tout cas on ne peut guère dire que les responsables des collectivités publiques gèrent en « bons pères de familles » selon l’expression juridique consacrée. Voyez les panneaux des collectivités teritoriales apposés pour les travaux : la somme est écrite en très gros caractères et il est souvent difficile de deviner l’objectif. Ce qui importe, c’est de dépenser de fortes sommes.

Mais, l’Etat, est-ce encore cette bonne vieille nounou qui nous maintient en soupirant dans l’enfance et voudrait nous empêcher de grandir et de quitter la maison ?

« C’est pour ton bien, fais ce que je te dis, tu me remercieras plus tard » répète l’Etat.

 

Combien de fois et sur autant de sujets, sommes nous enjoints de modifier nos comportements, de conducteurs, de citoyens « responsables » en termes de consommations, tabac, alcool mais aussi port du préservatif, moins de sucres, de sel, plus de légumes… [4]

Cette expression bienveillante est-elle toujours d’actualité, n’est-elle pas dépassée par des actions d’envergure de prise en charge des individus par les représentants de l’Etat ?

Des interdictions aux injonctions, sous la pression de vieux révolutionnaires galonnés, ne sommes nous pas voués à vivre dans une société pétrifiée ? De l’Etat nounou, sommes-nous aujourd’hui sous la férule de l’Etat « mère abusive », (belle mère ?) l’Etat Folcoche ?


I Un monde d’interdits

a/ Paris – Ploumanac’h

De Perros-Guirec à Trébeurden s’étend sur une vingtaine de kilomètres l’essentiel de ce que l’on appelle la côte de granit rose : si vous avez la chance de vous y rendre, vous emprunterez la Départementale 788, une  route unique en son genre car elle longe un littoral aux contours plus déchiquetés que découpés, sauvage, brut, venté, iodé… A tout moment, le voyageur souhaite s’arrêter, se poser là, saisir le temps pour l’immobiliser et contempler un panorama fascinant. Qui ne peut ressentir l’appel du large alors que partout  terre et mer s’interpénètrent ?

Sauvage ? C’était au temps où le département s’appelait encore les Côtes-du-Nord ! Depuis, la région a été civilisée, organisée, réglementée, normalisée.

Plus question de faire du camping dans les landes, de parcourir ces chemins des douaniers étroits et touffus que l’on ne pouvait décemment emprunter qu’en pantalon de toile et chausséde bottes pour ne pas être griffé ou mordu par les pics des ajoncs,  les chardons et autres haies sauvages.

Nous craignions alors les promoteurs, êtres inhumains, assoiffés d’argent, bétonnant notre belle Bretagne… Et Dutronc chantait :

« De grâce, de grâce,

Monsieur le Promoteur,

De grâce, de grâce,

Préservez cette grâce.

De grâce, de grâce,

Monsieur le Promoteur,

Ne coupez pas mes fleurs »

 

Cependant, nous avons eu leurs ennemis qui au nom de la protection de l’environnement  chassent impitoyablement le bipède, ce prédateur humain. 

Non, je n’irai plus à Ploumanac’h :   je garderai en mémoire les baisers et la peau  douce et brune des 20 ans de M*** au pied du phare carré rose (curieuse coïncidence),  Mean ruz [5],  étape nécessaire avec l’antique cale de lancement du canot de sauvetage, sur ce qui alors était un superbe chemin des Douaniers.

Niaise nostalgie d’un temps révolu où tout était plus beau parce que nous étions jeunes ?

Jugez plutôt. Que vous empruntiez le sentier à partir de la plage de Saint-Guirec[6]  ou que vous choisissiez à l’autre extrémité le vaste parking, pour quelque temps encore de terre battue, au pied du sémaphore, une profonde déception et la tristesse étreignent l’amateur de vie sauvage.

Ce chemin, élargi pour qu’une famille entière puisse passer de front, est bordé de fils de fer, la lande rasée de près, et parsemé d’interdictions et d’injonctions : le visiteur ne peut prendre d’itinéraires de traverses, s’aventurer sur les chaos granitiques et descendre au plus près de l’eau, ce serait de la transgression permanente.

Et tout le reste de la côte est à l’avenant : interdiction de monter sur le dunes de l’île Molène qui fait face au port de Trébeurden, de camper sur la plage ou dans les landes, de sortir des  chemins bien balisés, de monter sur les rochers, de cueillir des fleurs, de se baigner en dehors des zones matérialisées, de monter sur les pontons pour rêver en voyant les bateaux de près, il est même interdit de boire le soir sur les plages…[7]

Bientôt il sera interdit de s’aimer dans les landes… Pas, en tout cas pas seulement, pour des raisons de décence, mais parce que les corps entremêlés pourraient écraser quelques fougères, faire peur à la faune  et… laisser des vestiges de protection polluer la nature.

A l’interdiction de ramasser des galets et bientôt les coquillages, celle de pratiquer la pêche à pied devrait suivre car les amateurs fouillent le sable, retournent des rochers et perturbent la nature, ou  les algues au nom de la préservation : surtout que rien ne bouge, partout que rien ne change. Si la municipalité de Trébeurden respecte son engagement de ne plus ramasser les algues qui pourrissent sous le soleil sur la superbe plage de Tresmeur, afin de préserver la laisse de mer,  gageons que les touristes fuiront. Il n’est pas impossible que cela soit l’objectif ultime : pour beaucoup d’écologistes, l’être humain n’est plus le pollueur mais un polluant en tant que tel au même titre que le gaz carbonique.[8] Depuis des siècles les goémoniers ramassaient les algues sur les plages pour amender les terres : à l’interdiction des engrais chimiques, au refus obscurantiste de toute recherche sur les OGM succédera bientôt l’interdiction des engrais « naturels », au nom sans doute de la lutte contre le profit maximum et le productivisme.

Impressionnante aussi l’omniprésence des gendarmes chargés l’été de surveiller ces cités dangereuses, scrutant en permanence les touristes, mal nécessaire dont on prend l’argent avec dégoût. L’été, la côte est sous contrôle, y compris des hélicoptères qui surveillent les probables délinquants terroristes qui se baignent : gageons qu’un jour ils seront équipés d’appareils  pour déceler les baigneurs qui se soulageraient en nageant… Pollution vous dis-je ! [9]

 

b/ Et retour à Paris-Plage ou Paris-Gymkhana

Conduire dans Paris est devenu un parcours d’obstacles particulièrement déroutant : multiplication des sens interdits, des couloirs de bus une fois à droite, une fois à gauche et une fois à contre sens, des murets de séparation, des travaux permanents pour réguler, contrôler et toujours, changer les comportements. Les voies larges et ouvertes du Paris haussmannien disparaissent sous la volonté de maîtriser les allées et venues des citoyens non conformes. Par la grâce des édiles éclairés, les Parisiens retrouvent les embarras du temps de Boileau. Echappez vous des rues des villes, les parcs vous accueillent tous par des listes énumérant ce qui est « formellement interdit » : aux abords du lac des Ibis, au Vésinet,  et sur les espaces verts l’inventaire à la Prévert des proscriptions inclut le fit de jouer au ballon, en dehors du cadre strictement familial, de chasser, de tirer à l’arc, de faire du patin à glace, du canotage, de donner à manger aux canards, de pique-niquer, d’infliger aux animaux des mauvais traitements ou des actes de cruauté [10]… Ce qui surprend c’est qu’une municipalité soit tenue d’énoncer certaines de ces interdictions qui tombent sous le sens, au risque d’en oublier. Pourquoi  ne pas prévoir d’interdire aussi les mauvais traitements et les actes de cruauté envers des êtres humains ?

Enfin, les caisses et certains rayons des grands magasins sont désormais garnis d’un panneau d’interdiction de se trouver en état d’ébriété sur la voie publique, et de vendre de l’alcool » aux « mineurs de moins de 18 ans » : les mineurs de plus de 18 ans et les majeurs de moins de 18 ans ne sont pas encore prévus.

Au nom de l’environnement, de la sécurité, de l’emploi, du développement économique, peu importe, tous les prétextes de contrôle de la société sont bons, nous sommes cernés par les interdictions : cela va de l’interdiction de faire du feu dans les jardins [11] jusqu’à la célèbre interdiction des licenciements.

 

II Des interdictions aux injonctions.

Dutronc encore, se moquait dans les années 70 de l’éducation traditionnelle normative :

«  Fais pas ci, fais pas ça
Viens ici, mets toi là
Attention prends pas froid
Ou sinon gare à toi
Mange ta soupe, allez, brosse toi les dents
Touche pas ça, fais dodo »

Pourtant, comme la Folcoche de Hervé Bazin, qui veut éviter à elle-même le désagrément d'avoir des enfants victimes du mauvais fonctionnement du chauffage, l’Etat fait pleuvoir sur nous une cataracte de « conseils ».

 « Evitez de manger gras, sucré, salé », 5 fruits et légumes par jour, bougez, faites du sport, ne fumez pas, ne buvez pas, faites une pause toutes les deux heures, triez vos déchets, soyez solidaires…  « Indignez-vous ! », et on entend « engagez-vous » : l’action militante se vit comme une action militaire civile. La communication des autorités se conjugue presque exclusivement à l’impératif.

Et maintenant, « Jack-a-dit » faites la fête ! Alors se succèdent après les fêtes des mères, des grands-mères, des pères et bientôt des beaux pères et belles mères, la fête de la musique, la fête des voisins… Chaque jour qui passe sera bientôt par la grâce des super-fonctionnaires qui s’ennuient à l’ONU  une « journée mondiale », enfin le ministère de la culture nous dit quels auteurs il faut commémorer et ceux qu’il faut proscrire.

Sois solidaire, sois citoyen, sois responsable ! Le « sois responsable » ne fait pas référence à la responsabilité individuelle, à l’acceptation des conséquences de ses actes mais à l’abdication et à l’effacement des velléités de vie personnelle devant la responsabilité collective : tu es coupable du réchauffement climatique et de la dégradation de la nature, alors sois responsable.

Chaque entreprise, chaque individu doit être « citoyen », éco-responsable ce qui dans la novlangue signifie se plier aux injonctions à la pression sociale. Ce n’est pas une répétition de 1789, mais c’est bien plutôt 1793. La publicité à la télévision culpabilise les comportements individuels : les déchets supposés du citoyen socialement irresponsable sont plus importants que lui et le suivent comme l’œil suivait Caïn. Viendra le temps ou les poubelles seront pesées et vérifiées avant d’être basculées dans la benne par les éboueurs.

La culpabilisation permanente atteint son apogée avec le calcul de l’empreinte écologique [12] individuelle : en respirant nous rejetons du CO2 ; sommes-nous coupables de vivre ? Tout se passe comme si le péché originel était  la vie elle-même. On nous promet le paradis terrestre lorsque nous ne serons plus là. En attendant il faut se repentir. Et changer de comportement. [13]

 

Préserver la nature, l’environnement, le littoral, éviter les maladies, le surpoids et l’anorexie, empêcher les accidents, les drames, protéger les individus contre leurs comportements erratiques, les bonnes intentions ne manquent pas pour étouffer la vie. Le champ d’exploration du contrôle des individus est encore largement inexploré. S’il y a près de 500 morts tous les ans suite aux accidents du travail, et chaque mort est de trop, il y a près de 19 000 morts des suites des accidents domestiques. Quand on prend la mesure des réglementations et de leurs contrôles qui enserrent les entreprises, on imagine facilement les restrictions, pour notre bien, de nos initiatives individuelles dans nos maisons. Déjà, lors de naissances, nous subissons l’intrusion de personnes « qualifiées » pour vérifier si nous sommes capables d’élever nos enfants – et curieusement elles n’identifient rien lorsqu’il le faudrait – des normes nous imposent de changer nos ampoules électriques, d’installer des détecteurs de fumée et de transformer nos maisons en bouteille thermos.

Quelle limite à l’invasion de la vie privée ? Les caméras de surveillance sur les routes et dans nos rues et autres lieux publics ne se justifieraient-elles pas dans nos maisons. « By George ! » 1984, est-ce si loin que cela ?

Imaginons qu’un rapport fasse le lien entre la déficience visuelle et la lecture dès le plus jeune âge. Pourquoi alors ne pas réguler le temps de lecture ? Les grands lecteurs ne s’abîment-ils pas les yeux ? Les dangers de la lecture, c’est aussi ce qu’on lit, non ? J’ai connu des familles pour lesquelles lire c’était perdre son temps… Lire, alors qu’il faut bouger ?

Gageons que la techno-phobie ambiante montrera du doigt en priorité les livres électroniques comme sont déjà sous le feu des régulateurs les sites Internet. On commence par ceux qui sont réputés licencieux puis par contagion ceux qui ne sont pas conformes. [14]

On remarquera enfin que les injonctions qui relevaient de l’éducation, tant à l’école que dans la famille comme se laver les mains, mettre la main devant sa bouche lorsqu’on éternue nécessitent de coûteuses campagnes de publicité étatique.

 

II Mai 68, révolution trahie par ses acteurs ?

« Il est interdit d’interdire », « l’imagination au pouvoir », « Elections piège à cons » que sont devenus les meilleurs slogans des soixante-huitards ? Ils se sont envolés depuis que leurs auteurs  sont aux commandes de l’Etat, des collectivités, des médias : patrons de presse, dirigeants de partis politiques, élus ou ministres.

Dans la pièce de Sartre « Les mains sales », Jessica lance à Hugo :

« Ce sont les enfants sages, Madame, qui font les révolutionnaires les plus terribles. Ils ne disent rien, ils ne se cachent pas sous la table, ils ne mangent qu'un bonbon à la fois, mais plus tard ils le font payer cher à la Société. Méfiez-vous des enfants sages ! »[15]

Mais il serait plus juste d’ajouter aujourd’hui : « méfiez-vous surtout des enfants rebelles, Madame, ils font des flics et des procureurs intransigeants. Ils montent sur les barricades, défient le pouvoir et crient « Libertad !». Mais c’est pour eux, pas pour les autres. Les enfants rebelles ne supportent pas qu’on leur résiste, qu’on puisse leur dire non et remettre en cause leurs convictions et leur autorité, que chacun s’arroge le droit de n’en faire qu’à sa tête.

Ils n’étaient pas rebelles contre l’autorité en tant que concept, mais parce qu’ils n’étaient pas l’autorité. Il faut réécouter la terrible chanson satirique de Brel, « Les Bourgeois » : les vieux « peigne-culs » ont pris le pouvoir et ne supportent qu’une contestation contrôlée et contrôlable. Journalistes et politiques craignent Internet parce qu’ils perdent le monopole de la parole, de l’interprétation et de la manipulation.

 

Maurice Clavel aimait citer cette exclamation, extraite d’un éditorial du « Libération » des années 70 du journaliste  Philippe Gavi : « Est-ce qu’il n’y aurait pas dans la pensée marxiste un virus, qui nous rendrait tous flics et procureurs les uns des autres ? »

Flics et procureurs vis-à-vis de ceux qui ne sont pas marxistes, c’est légitime ! Mais entre nous, quelle horreur ! Que Trotski ait fait assassiner et déporter des saboteurs (les grévistes) contre révolutionnaires, des koulaks, quoi de plus normal. Mais que son complice l’assassine, c’est antidémocratique ! Que l’on applique les mêmes techniques de procès truqués et arbitraires contre ses frères d’armes communistes, c’est « l’horreur politique » !

André Glucksmann avait noté que l’injonction de l’abbaye de Thélème « Fais ce que voudras » [16] n’était pas un hymne à la liberté mais bien une disposition totalitaire. Fais aujourd’hui ce que tu finiras par vouloir, une fois rééduqué, puisque d’une manière ou d’une autre, il est nécessaire que les individus changent de comportement [17] et qu’il faut les pousser à changer de civilisation.[18]

Pour des raisons de sécurité les entreprises croulent sous les normes et les obligations : éclairage, surface par salarié, rédaction des contrats, niveaux et grilles de rémunérations, procédures d’embauches. Chaque chef d’entreprise vit sous la menace des contrôleurs du fisc, de l’URSSAF, de l’inspection du travail et des Caisses d’Assurance Retraite et de la Santé Au Travail, les Carsat, ex-Cram : à ces organismes s’ajoute la mise sous tutelle de la gestion par les syndicats « représentatifs », autrement dit « conformes ».

On se gausse des libertés perdues par les américains au titre du Patriot Act, au nom de la sécurité publique. Autant de libertés sont supprimées en silence au nom de la sécurité sociale.

Bientôt notre vie domestique sera elle-même normalisée, codifiée : conditionnement dès le plus jeune âge et pression sur les enfants pour qu’ils rééduquent leurs parents… Ce n’est pas nouveau, mais c’est d’une toute autre envergure. C'est pour quand l’encouragement aux dénonciations ?

Pour protéger l’environnement et limiter les consommations d’énergie, les nouvelles normes du bâtiment nous poussent vers la maison hermétique : à un de ces thuriféraires, j’objectais que je dors toute l’année, même en hiver, avec la fenêtre ouverte. « Eh, bien il faudra changer vos habitudes… » me suis-je entendu répondre.

Au nom de la sécurité, de la prévention des risques, la liberté recule. C’est la mise sous tutelle[19] de tout individu, de tout citoyen : nous devenons un peuple d‘incapables majeurs.

 

Changer ses habitudes, changer ses comportements, changer de civilisation, changer les autres… Tout cela était bien inclus  dans le slogan « changer la vie ». Pour qu’elle corresponde à leur utopie, leur cité idéale, berceau de toute société totalitaire.

 On s’alarme de l’intrusion dans la vie privée de Facebook ou de l’extraordinaire outil qu’est « Google street » et pendant ce temps l’Etat, ce qui inclut les collectivités territoriales, contrôle chaque étape de la vie, chaque geste mais aussi scrute nos pensées et arrière pensées.

On remarquera l’omniprésence d’organisations, dont les membres ne sont pas assermentés, qui agissent en comité de salut public ou en commissaires du peuple. A l’instar de Tintin, les journalistes ne sont plus des « reporters » mais se font enquêteurs privés, chasseurs de primes. Les enquêtes en caméra caché pour piéger les interlocuteurs, souvent des salariés, sont illégitimes. Ils instruisent à charge, se font juges et parties et aucun droit de la défense n’est respecté : les contrevenants sont tenus de s’expliquer et s’ils ne répondent pas aux appels des journalistes c’est bien qu’ils sont suspects. C’est d’autant plus le cas dans les affaires de tests sur la discrimination organisés par des associations ou personnes privées et patronnés par la Halde [20].

Les héritiers de Mai 68 et les psycho-pédagogues, style Françoise Dolto ou les « libres enfants de Summerhill » d’Alexander S.Neill, ont induit une rupture systémique : d’une part la suppression de toute limite dans le développement de l’enfant dans sa relation aux autres, il ne faut pas le brimer, avec des contraintes comme l’orthographe, la grammaire ou le travail de la mémoire, ni le frustrer dans son expression et d’autre part l’adulte perd tout libre arbitre et chaque acte est scruté et contraint. Pour son bien, c’est évident.

Les parents protecteurs et normatifs sont moqués, et s’installe une société protectrice et normative.

Allons-nous vers une société glacée et pétrifiée ?

 

III Pétrification de la société

Aux interdictions, injonctions impératives et autres obligations s’ajoutent trois tendances lourdes vers une société fermée, contrôlée, immobile : la constitutionnalisation des règles, la recherche effrénée de statuts et un effet « cliquet » bloquant toute remise en cause.

-          La constitutionnalisation du droit.

Après la multiplication des lois de plus en plus détaillées, précises, accompagnée  d’une multitude d’arrêtés et de décrets qui échappent au législateur [21] on voit des dispositions  monter d’un cran dans la hiérarchie pour limiter tout retour en arrière : inscrire dans la constitution c’est marquer sa volonté de figer à l’avance toute évolution.

Dévoyés depuis longtemps, les principes fondamentaux de la Constitution, pourtant préservés par les américains, à savoir la protection de l’individu des abus de l’Etat et des autorités, le sont aujourd’hui de manière flagrante puisque la constitution française protège les institutions des initiatives individuelles et des évolutions futures. Principe de précaution, « règle d’or » des finances publiques, relations sociales dans le projet de François Hollande, la Constitution Française va finir par exploser de cette inflation d’articles.

Le principe de précaution, déjà inscrit est sans doute le plus symptomatique et nous rappelle les heures noires de la révolution française.

 « La république n’a pas besoin de savants ni de chimiste ! » s’exclame le président du tribunal révolutionnaire qui a condamné Lavoisier à la guillotine. On interdit les recherches sur les OGM, par la violence, l’intimidation et la complicité de la justice, la recherche nucléaire, par les mêmes moyens, la recherche sur les médicaments, en stigmatisant les laboratoires sur le coût et les risques, et toute innovation doit être bloquée, déclenchant rumeurs et suspicions tant qu’on n’en connait pas les conséquences : le téléphone portable en est une des dernières victimes.

 

-          La recherche de statuts

Créer des statuts pour les beaux parents, les étudiants, maintien à toute force du statut des fonctionnaires : on veut un statut, donc une rente et une stabilité permanente. La peur du risque, de l’évolution, de la précarité, de l’échec fige chacun dans son rôle et sa place dans la société.

Beaucoup de jeunes, élevés dans le « droit à » rêvent d’être fonctionnaires, pour que leur vie soit tracée, réglée, sans risques avec une retraite plus forte et plus précoce.

 

-          Effet cliquet

A la moindre velléité de réforme, on hurle à la « casse du service public ».

L’évolution de la démographie pousse à la réflexion sur le maillage des classes dans les communes : immédiatement fleurissent des banderoles de « parents en colère ».

Une fois créés, les emplois ne doivent plus être détruits : on invoque les licenciements boursiers mais jamais des créations boursières.

Réfléchir, penser, envisager de nouvelles solutions, fermetures, ouvertures, immédiatement il y a levée de bouclier contre la remise en cause des acquis, pas seulement sociaux. Un conseil d’administration évoque parmi d’autres l’hypothèse  d’une délocalisation, y compris à quelques kilomètres, d’une fermeture d’usine, d’une relocalisation, à l’instant les dirigeants doivent s’expliquer sur cette atteinte inadmissible à l’emploi, parfois sur convocation du gouvernement. Les conditions économiques, l’attente de la clientèle, les besoins poussent-elles un chef d’entreprise à créer un emploi ? S’il le fait, c’est fini, il ne peut plus se raviser, quelle que soit l’évolution des paramètres économiques et commerciaux.

L’effet cliquet interdit non seulement tout retour en arrière, mais tout changement de l’environnement : c’est la foi selon laquelle il n’y aurait qu’un seul chemin et que tout acquis ne peut être qu’à durée indéterminée.

 

 

Conclusion : Surtout que rien ne bouge, partout que rien ne change. Sauf les hommes.

L’Etat Folcoche se donne pour mission de changer nos comportements, changer l’homme, il faut bien sûr entendre l’être humain, le façonner, le rééduquer. Les mêmes qui s’étouffaient lorsqu’on évoquait la « morale », exclue de l’enseignement au profit d’instruction civique, décrivent les bons comportements, les bonnes pensées. Il n’est plus besoin de camps de rééducation, c’est toute la société qui s’en charge, à travers les médias et les élus. Dès le plus jeune âge, on façonne un homme nouveau. Pour son bien, pour qu’il n’ait pas le dos rond, pour qu’il ne soit pas asphyxié, ni par le monoxyde, ni par le dioxyde de carbone,  pour qu’il ne tombe pas, pour qu’il ne soit pas malade, pour qu’il n’ait pas un jour à regretter un de ses actes… « Fais ce que voudras… »

Folcoche sait ce qui est bon pour ses enfants, l’Etat sait ce qui est bon pour ses citoyens : son temps de travail comme son temps de loisirs.

Le ministère du temps libre du premier gouvernement Mauroy en 1981 a disparu, mais l’esprit est le même dans l’expression de sa mission :  « conduire par l'éducation populaire, une action de promotion du loisir vrai et créateur et de maîtrise de son temps ». 

L’Etat et ses fonctionnaires éclairés étant les seuls à savoir ce qu’est la vérité et la créativité dans le loisir.

C’est la « formation tout au long de la vie », l’éducation permanente, la rééducation permanente.

Tout se passe comme si on s’était rendu compte qu’il était inutile de placer les individus dans les camps de rééducation : il suffit d’organiser la société d’éducation permanente, de rééducation permanente, écho clair de la révolution permanente, bien balisée, décourageant toute initiative non autorisée. N’est-ce pas le sens du principe de précaution inscrit dans la constitution ?

Et pour façonner notre conduite, les radars deviennent aussi « pédagogiques » [22]: on nous prend vraiment pour des enfants.

 

Le pire n’est jamais sûr et les prévisions se réalisent rarement . Pourtant il est légitime d’imaginer un développement totalitaire : limitation de la durée du travail pour tous, y compris ceux qui ne sont pas salariés, limitation et contingentement non par manque ou risque absolu de pénurie mais par « responsabilité citoyenne » du volume d’eau par jour et par habitant, de la consommation d’électricité, des distances parcourues. Nous connaîtrons ainsi le rationnement- citoyen gage d’un paradis terrestre retrouvé du temps où la présence de l’homme ne polluait pas la terre.

L’Etat n’aime pas la liberté. Il veut toujours prendre le contrôle de ce qui n’est pas créé par lui. Et comme l’Etat ne crée pas…

L’Etat Folcoche craint la liberté, l’initiative, la créativité et même l’insolence non autorisée.

Alors il multiplie les interdictions, les obligations, les injonctions, les règlements stricts et veut réguler les comportements…

La société deviendrait-elle une vaste maison de redressement ?


Alain C. Toullec
Ce texte est une version 1 : il a vocation à être amélioré et enrichi à l'aide de toute suggestion et toute remarque que pourront en faire les lecteurs.
En cas d'utilisation, merci d'en citer la source.

[1]  Mathieu Laine, La grande nurserie, JC Lattès, 2006

[2] Hector Malot, Sans famille

[3] Chanson du « galérien », de Maurice Druon et Léon Poll. La nounou Roselyne ne menace-t-elle pas de sanctions ceux qui sont tentés de répondre favorablement aux sollicitations des professionnelles ?

[4] Les consommations de sucre, d’alcools, d’huile etc. ont baissé avant les grandes campagnes du style « 5 fruits et légumes par jour ».

[5] En réalité, Ruz en breton signifie rouge mais sa couleur au soleil correspond bien à celle du granit de la région.

Littéralement, c’est la côte de granit rouge.

[6]  Ne manquez pas, Mesdemoiselles,  de planter une aiguille dans le nez de la statue du Saint au milieu de la grève : si elle tient,  vous serez mariée dans l’année.

[7] La séquence est classique : du verre cassé est trouvé sur la plage, il y a un risque de coupure pour un enfant, donc l’autorité crée une nouvelle interdiction. La prohibition,partielle pour le moment, s'étend en cet été 2011 : Lyon, Paris...

[8] « Faire des enfants tue » proclame l’écologiste anthropophobe Michel Tarrier.

[9] Tout le monde parle de l’invasion des toxiques algues vertes : on s’en débarrassera sans doute avant les toxiques taxes de séjour.

 

[10] Cette liste est authentique !

[11] Matthew Robinson, le maire Démocrate de Hazelwood dans le  Missouri, une ville de 25 000 habitants a fait interdire la vente de « cookies » par les « girls scouts » sur la pelouse de devant des maisons individuelles. Pourquoi ? Parce que cela fait aboyer les chiens et augmente la circulation dans les rues troublant ainsi l’ordre public. (Source, Associated Press)

 

[12] WWF : « L'empreinte écologique est une mesure de la pression qu'exerce l'homme sur la nature . C'est un outil qui évalue la surface productive nécessaire à une population pour répondre à sa consommation de ressources et à ses besoins d'absorption de déchets. » Autrement dit l’homme ne fait pas partie de la nature, la surface cultivée « idéale » est une constante, aucun progrès ne peut être fait, donc plus il y a d’hommes, plus l’espace vitale est limitée. Qui seront les élus ?

[13] Pendant ce temps, il est interdit aux enseignants de noter le comportement sur les bulletins scolaires : mais là il s’agit du comportement civique, de la politesse, de la bonne camaraderie.

[14] Cela existe évidemment dans les pays totalitaires : le présupposé, c’est que nous sommes censés être dans un pays libre.

[15] « Les mains sales », Jean Paul Sartre, troisième tableau, scène 1.

[16] André Glucksmann, Les maîtres penseurs, Grasset, 1977

[17] Plus de 3 000 000 d’occurrences directes sur Google pour l’expression « changement de comportements ». C’est d’autant plus remarquable que pour l’essentiel ils sont liés à l’écologie et au présupposé de l’origine humaine des variations climatiques.

[18] N’est-il pas terrifiant de voir une femme politique, même bien entourée par des « experts »,  rêver de « changer de civilisation » : identifier une « civilisation » idéale et vouloir la mettre en place est l’ambition de tout utopiste et mène irrémédiablement au totalitarisme. La caution des experts, réputés apporter une démarche scientifique, a pour fonction de décourager toute velléité de débat et de contestation.

[19] L’université, et plus spécifiquement les IUT, a intégré dans son vocabulaire le barbarisme « projet tutoré » pour les étudiants. Les ingénieurs conseil des Caisse d’Assurance Retraite et Accidents du Travail, CARSAT (ex CRAM) prônent la nomination de tuteurs pour tous les intérimaires.

[20] Selon une jurisprudence constante « le juge pénal  ne peut refuser d’examiner des éléments de preuve apportés  par des particuliers au motif qu’ils ont été obtenu de façon déloyale. » in Circulaire relative à la présentation des dispositions de la loi n° 2006-396 du 31 mars 2006 pour l’égalité des chances relatives à la lutte contre les discriminations et du décret n° 2006-641 du 1er juin 2006 relatif aux transactions proposées

par la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité.

[21] Le code du travail est complété par des circulaires qui disent le droit sans passer par le législateur. La réécriture du code du travail, applicable depuis le 1er mai 2008, sous prétexte de simplification a même dans certains cas changé le droit sans passer par le débat à l’Assemblée nationale. A quoi sert le parlement ? Qu’en est-il de la séparation des pouvoirs lorsque les fonctionnaires font le droit et/ou bloquent les réformes ?

[22] Les spécialistes de la formation québécois utilisent à tort pour les adultes le néologisme « andragogie », qui ne fait pas référence aux adultes mais aux hommes, autrement dit le sexe masculin.

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Jeudi 24 mars 2011 4 24 /03 /Mars /2011 08:53

Fanny a disparu

 

Par cette belle soirée ensoleillée de Printemps, je me faisais une joie : je n’étais pas venu dans la cité Phocéenne, comme ils disent, depuis longtemps et je n’allais pas repartir sans présenter mes respects au Vieux Port.

C’est la rançon de mon beau métier : Marseille cette semaine, Lyon la suivante, puis Aix, Saint Marcel lès Valence et doivent suivre Strasbourg, Grenoble et ainsi de suite…

La journée fut studieuse avec mes stagiaires, dynamiques, intéressés et positifs, pour le moment du moins, ils découvrent. Droit du travail temporaire, le délai de carence et les visites médicales introuvables, l’activité bridée et entravée, l’insécurité juridique… La discrimination à l’embauche : eh ! Oui, la discrimination positive est une discrimination négative.

Alors, sur ces dix-huit heures de ce 23  mars 2011, j’ai hâte d’admirer le vieux port, les mouettes, les bateaux au soleil déclinant.

De la gare Saint Charles, près de laquelle se situe mon hôtel, je rejoins d’un bon pas au plus direct la Canebière, les Champs Elysées de Marseille. Je voyais ça plus gai. Enfin, marchons.

 

Il y a de l’animation, des groupes d’hommes discutent, par trois, quatre, dix. Le soleil dans les yeux, je descends vers la mer, jetant mes regards à droite à gauche et je me dis déjà : c’est curieux, je suis en manque de quelque choses, je ne sais pas, de couleurs peut-être ?

 

Pas grand monde, au Vieux Port, je veux dire sur les quais : plus de clochards avec leurs chiens que de touristes, encore des groupes d’hommes, tiens quelques femmes et des embouteillages tout autour.

Mon sentiment de manque augmente, je ne sais pas, je souris au souvenir du « Ferry-boate », pense à une partie de boules qui n’y est pas… Non, ce n’est pas cela.

Prenant à droite, je longe le port et m’arrête un instant : là haut Notre Dame de la Garde brille, et devant moi une forêt de mâts et de coques blanches. En insistant sur mon observation, je vois bien tous ces bateaux mais il n’ya pas de vie. Personne à bord, sur aucun, et pas d’entrées ni en sorties. Même à Caen, au début du mois de février, et quelques dizaines au plus de bateaux de plaisance, et l’on est beaucoup plus loin de la mer, il y avait plus de mouvements.

 

Vieux Port, peut-être mais nouveau parking à bateaux, sûrement.

Une déception ne fait pas un vide.

Le malaise va grandissant, toujours des groupes d’hommes, les plus âgés affalés sur les bancs, quelques femmes, bien couvertes, pas beaucoup de foulards, néanmoins. J’en aperçois une, les cheveux longs ondulés, peut-être blonds, la quarantaine, une espèce de robe courte froufroutante, bien verte et assez grande pour dépasser de deux têtes son compagnon.

J’observe à la dérobée et je me dis : « elle n’a pas du commencé sa carrière de femme dès le début, ou alors elle a pris un raccourcis. »

 

Pas de marins non plus : les garçons de Marseille ne rêvent plus aux îles sous le vent.

Insatisfait, je remonte le début de la Canebière puis oblique sur le Cours Belzunce et alors, l’évidence me saute aux yeux, stupéfait. Je n’en ai pas vu beaucoup, quelques fillettes et des mères mais là il n’y en a plus du tout, il n’y a plus de femmes.

Aux terrasses des cafés que des hommes, je jette un regard circulaire, des hommes, des vendeurs à la sauvette, oranges ou bimbeloteries, mais pas une femme, pas une jeune femme. Je regrette Paris, Rouen, Louviers… Je presse le pas, rue d’Aix jusqu’à l’Arc de triomphe, là un groupe de trois mères avec des enfants et je remonte vers la gare.

Arrivé là, je souffle, quelques jeunes femmes, seules, enfin. Elles ont des valises.

 

Une quinzaine de braillards s’esbaudissent sur le parvis : deux packs rouge et or de 24 bouteilles de bière posés sur le muret. L’un est éventré, vide aux trois-quarts. L’autre attend son heure.

 

Le soleil est parti se coucher, je rejoins ma chambre.

Ô Panisse, ô Escartefigue, ô César !

Où sont vos femmes ?

Où sont vos filles ?

Ô Marius ! Marseille est désolante.

Fanny a disparu.

Par Dialectikon
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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 12:03

 


« Sa place est dans une poubelle » lança avec rage le bouquiniste, visage fermé, œil noir et suspicieux sur ce jeune, c’était au temps de mes vingt ans, qui semblait intéressé par «Bagatelles pour un massacre » de Céline.

 J’avais, furetant partout, aperçu, isolé sur l’étagère d’en haut de sa boutique un exemplaire original au papier jauni et l’avait interrogé sur le prix qu’il en demandait.

 

Au milieu des années soixante-dix je fréquentais une petite librairie de livres anciens, d’affiches et de journaux à l’angle de la rue du Vieil Abreuvoir et de la rue des Coches  à Saint Germain en Laye.

 

J’ai déniché chez « Strogor », l’enseigne qu’il s’était donné, des trésors poussiéreux y compris quelques exemplaires du journal « Voici » des années trente, dont les couleurs se limitaient à des variations de bistres et où l’on commençait à voir apparaitre des femmes dénudées. La particularité étant que ces « Voici » de ce temps là étaient alors rédigés en français.

 

A vrai dire, je m’étais bien laissé emporté par le flot tumultueux du « Voyage au bout de la nuit  » de « Mort à crédit » et de « Guignols’band » mais j’ignorais complètement le thème de « Bagatelles » : cela n’évoquait pour moi qu’un titre dans une bibliographie.

 

Ce n’est que bien plus tard que j’ai saisi et apprécié le comportement du bouquiniste d’autant qu’il refusa tout net alors de s’expliquer sur sa réaction. Peut-être a-t-il confondu comme au plus fort de la polémique de ces dernières semaines, intérêt ou curiosité et adhésion ?

 

Cette anecdote oubliée m’est revenue lors de la tempête qui a agité la classe médiatico-politique au sujet de la possible  commémoration du cinquantenaire  de la disparition de Louis Ferdinand Céline. Fallait-il ou non l'inclure dans la liste des célébrations nationales de 2011 ?

 

Notre ministre de la culture a retiré Céline de la maintenant fameuse liste. Et d’une.

France Culture,radio d’Etat dont le Patron est nommé par le Président de la République, a néanmoins consacré une émission d’une demi-heure pendant cinq jours du 14 au 18 février au même Céline. Et de deux !

 

Voilà comment l’état gère d’en haut la culture ! Les bouquinistes, et les citoyens, n’ont-ils pas plus de bons sens pour choisir la bonne étagère pour placer les livres que les représentants de l’Etat ?

Car le vrai débat est autre : de quoi se mêle l’Etat de nous dire de qui et de quoi le bon peuple doit commémorer ou célébrer la naissance ou la mort ? Quel tartuffe a placé par exemple dans la liste de 2010 la création du PSU par Michel Rocard et dans celle de 2009 la création de la « Vie Ouvrière » ? Et en 2012, ils vont célébrer la création de « Minute » peut-être ? (1962)

En 2011, l’Etat prévoit de commémorer le premier album d’  « Astérix » comme il l’a fait pour les Pieds Nickelés en 2008 au titre des arts ! On n’a vraiment pas besoin de lui.

D’ailleurs Wikipédia n’a pas supprimé Céline de sa liste !

 

Chaque jour de l’année est désormais ponctuée par des célébrations et des commémorations obligatoires, nationales, auxquelles s’ajoutent désormais, des journées de l’eau, de la paix, de la solidarité, de la femme, de la radio et de la télévision en faveur des enfants (sic, 6 mars)…

Toutes ces commémorations déclenchent en nous un fort sentiment de commisération pour les gouvernants.

 

L’Etat français à toute force veut gérer, guider d’en haut nos comportements, nos sentiments, nos solidarités, nos lectures, nos pensées, notre avenir, nos mémoires. « C’est pour ton bien, tu me remercieras plus tard ! »

 

Décidément en France, ce n’est plus l’Etat Nounou, c’est l’Etat Folcoche.

 

 Alain Toullec

Par Dialectikon - Publié dans : La Démocratie en question
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Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 14:32

   

En 2009, au nom de la loi Evin, la régie publicitaire du métro parisien avait masqué la pipe de notre cher et bon vieux Tati sur une affiche présentant une exposition.  Depuis, les députés socialistes ont proposé une loi qui vient d’être rejetée excluant les œuvres artistiques d’une appréciation de la loi trop rigoureuse.
Le gouvernement répond en promettant une circulaire, il faut bien occuper les fonctionnaires, et en appelle à une autocensure.
 
Voici un message que, divine surprise, le modérateur du Figaro a accepté de laisser passer sur le site internet.
 
Ni Louis XIV, ni les dévots n'auraient osé : bientôt Molière sera censuré par notre  Etat et nos élites bien engagés sur la route de la servitude.
 
Souvenons-nous :
" ACTE I, Scène première du Don Juan :
 
SGANARELLE, tenant une tabatière : Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal au tabac : c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l’on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu’on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d’en donner à droit et à gauche, partout où l’on se trouve ? On n’attend pas même qu’on en demande, et l’on court au-devant du souhait des gens: tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d’honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent. "
 
La force juridique d'une circulaire est très limitée : le bon Sganarelle ne se contente ni d'une évocation ni d'une représentation du tabac mais en fait l'éloge. La Comédie Française sera-t-elle contrainte de supprimer ces premières lignes ou l'acteur devra-t-il porté un écriteau joyeusement bordé de noir, « fumer tue » en s'écriant « qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre » ?
 
Les censeurs, peut-être vexés dans leur jeunesse d'arborer de « vilains nez » ont-ils déjà pensé à interdire aux enfants de chanter « j'ai du bon tabac » ?
 
Mais Molière n'est-il pas, à l'aune de nos lois présentes et futures plus coupable encore ?
Payé et soutenu par le Roi, premier industriel du tabac puisque la « manufacture » était un monopole royal, n'y avait-il pas conflit d'intérêt avec cette publicité qui ouvre, on ne sait pourquoi, la pièce ?
 
Lorsque la pression sociale et politique sur la création et la liberté d'expression est telle, il est honteux d'évoquer l'autocensure. 
Par Dialectikon - Publié dans : La Démocratie en question
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 16:02

Le journaliste français est un citoyen fragile, sensible, soucieux de justice et d’égalité des droits. Son omniscience est un fardeau pour lui, investi qu’il est d’une essentielle mission de salut public d’information.

Pourtant  comment ne pas être agacé de l’unanimité des médias sur l’essentiel des sujets, chaque journaliste individuellement s’abstenant consciencieusement de toute recherche critique : chaque matin « le dossier du jour », censé montrer leur capacité d’investigation est le même à RTL, Europe 1 ou France Inter, fait la une du Figaro, des Echos ou de Libération. Le plus souvent, la base de l’information est une dépêche de l’AFP dont les journalistes réalisent dans le meilleur des cas une vague paraphrase lorsque ce n’est pas un moderne copier-coller.

Le refus du débat portant sur l’origine humaine, forcément humaine,  des variations climatiques ou les commentaires (comment pourrait-on parler d’analyse ?) sur la situation politique américaine représentent de ce point de vue des exemples caricaturaux.

Hyper sensibles, la liberté de la presse leur paraît immédiatement mise en danger dès lors qu’un observateur ne faisant pas partie du sérail se permet une remarque sur leurs méthodes de travail ou leurs avantages par rapport aux autres citoyens.

Il en est ainsi de leur réduction fiscale pour frais professionnels  mais aussi, et c’est moins connu, de leur niche sociale leur permettant de substantielles économies de charges. Même si l’avantage était symbolique, le privilège n’en resterait pas moins une loi particulière bénéficiant à certains citoyens au détriment des autres.

Mais c’est aussi une profession largement subventionnée par les contribuables.

Moins de cotisations sociales pour les journalistes.

Pour certaines catégories de salariés, les employeurs sont autorisés à appliquer à la base de calcul des cotisations de sécurité sociale une déduction forfaitaire spécifique pour frais professionnels, en pourcentage des rémunérations.

Sont prévus dans la liste de ces ayants droits, une vingtaine de catégories, des professions aussi diverses que celles des artistes (25 %), des navigants de l’aviation marchande (30 %), des mannequins (10%) mais aussi des ouvriers du bâtiments (10 %), des mineurs de fond (10 %) mais surtout les journalistes (30 %).

Comment ne pas éclater de rire en découvrant que les « Speakers de la radiodiffusion-télévision française » ne bénéficient que de 10 % !

Ainsi, tous ceux que vous voyez paraître à la télévision, artistes, présentateurs et journalistes  paient moins de charges sociales que les vidangeurs, les coiffeurs, les conditionneurs, les caristes, les secrétaires, les comptables, les éboueurs…et sans doute vous et moi.

Précisons néanmoins que tous les frais de déplacement et d’hébergement sont à la charge directe de l’employeur : la déduction forfaitaire concerne les autres frais professionnels… Lesquels ?

Mais on atteint le comble quand on découvre le détail du calcul. (Source, mémento Social Francis Lefebvre, édition 2009)

Soit un journaliste dont la rémunération mensuelle est de 2500 €. L’employeur lui alloue une allocation forfaitaire pour frais professionnels de 400 € et choisit d’appliquer la déduction forfaitaire de 30 %. Pourquoi, ne le ferait-il pas ?

On pourrait s’attendre à ce que les cotisations soient calculées sur 2500 €, en laissant de côté les frais professionnels. Pas du tout : la base de calcul de la cotisation devient 2500 plus les 400 moins les 30 % de 2900, soit 2030 € !

Mais la réduction de cotisations sociales accordée ne se limite pas à la base de calcul.

En effet, les taux applicables aux journalistes se montent à 80 % des taux du régime général pour les cotisations d’Accident du travail, allocations familiales, vieillesse plafonnée cotisation patronale vieillesse déplafonnée, FNAL 0,1% et versement de transport.

Les journalistes ne participent donc pas comme les autres citoyens au financement de la sécurité sociale obligatoire. En l’espèce, sauf erreur ou omission, ils sont les seuls à bénéficier de ce dernier avantage.

Plus de subventions pour la profession.

Le numéro d’avril 2009 de Regards sur l’actualité, publié par la documentation française faisant suite aux Etats généraux de le Presse écrite qui se sont tenus d’octobre 2008 à janvier 2009 décrit avec minutie et sans complaisance la situation des médias français d’aujourd’hui.  Le moins qu’on puisse dire c’est que les conclusions n’ont pas fait beaucoup de bruit dans le Landerneau de la presse parisienne.

Outre le rappel du scandale du monopole d’embauche dans les imprimeries parisiennes, ce qui est discriminatoire au regard de l’article 1132-1 du code du travail, Olivier Bonsart, directeur délégué du groupe SIPA Ouest France revient sur celui de la distribution des Nouvelles Messageries de Presse Parisienne :

« Comme pour la fabrication, un quasi-monopole syndical a été mis en place aux NMPP, avec les conséquences sur la productivité et l’organisation du travail que l'on connaît, sans pour autant limiter les conflits sociaux. » (Regards sur l’actualité n° 350, page 56).

Lors de l’ouverture des Etats généraux le 2 octobre 2008, le président de la République a rappelé que les subventions de l’Etat à la presse représentaient 1 milliards d’euros pour un chiffre d’affaires de 10 milliards ! Un secteur subventionné, année après année à hauteur de 10 % de son chiffre d’affaires !

« Grosso modo, peut-on lire dans le même numéro de Regards sur l’actualité, cela signifie que les salaires et les dépenses courantes des journaux sont payés par l’Etat à partir du 26 de chaque mois... »

Et le contribuable n’aurait pas son mot à dire sur la gestion et la qualité éditoriale de la presse française ? Quelle est liberté de la presse placée ainsi sous perfusion par les fonds publics ?

Et encore, ces aides ne tiennent pas compte des avantages fiscaux et sociaux octroyés aux journalistes !

Les journalistes, les médias sont très inquiets. Pour la première fois dans l’histoire de la presse écrite, le contrôle de l’information leur échappe : les rapports officiels, les lois, les documents originaux, les discours, les chiffres sont facilement accessibles en ligne et de nombreux contributeurs, qui n’ont pas leur carte de journaliste, participent à la diffusion et à l’analyse de l’information.

Certes on trouve de tout sur la toile, mais « l’honnête homme », possédant un minimum de culture et de sens critique peut faire son chemin et s’affranchir d’une bonne partie du filtre des médias.

Pour finir, ce constat d’Olivier Bonsart particulièrement pessimiste pour la presse nationale :

Les quotidiens français « vont devoir livrer une bataille intense pour, en cas de victoire, n’avoir plus que dix ans de retard sur leurs confrères européens. »

Alain Toullec

PS : pour se procurer ce décoiffant numéro de Regards sur l’actualité, cliquez sur le lien suivant

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/revues-collections/regards-actualite/2009/sommaire350.shtml

Version papier, 7,80 €, version PDF, 5,5 €.

Par Dialectikon
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